
La formation des agents recenseurs et contrôleurs de l’INSEED traverse une zone de turbulences. Dans presque toutes les provinces où se tiennent les sessions, les stagiaires ont cessé les travaux pour dénoncer la baisse de la prime de formation. Prévue à 70 000 F CFA, elle a été ramenée à 40 000 F CFA.
Le mouvement est quasi général. Partout, le même constat : des salles de formation désertées, des formateurs en attente, et un calendrier déjà serré qui risque de déraper. La prime de formation n’est pas qu’une ligne budgétaire. Pour des agents mobilisés loin de leur base, elle couvre transport, hébergement, restauration et manque à gagner. La ramener de 70 000 F à 40 000 F, soit une réduction de 43%, revient à demander aux agents de financer une partie de leur mission.
D’où la colère. Le boycott exprime plus qu’un désaccord sur un montant. Il révèle un déficit de dialogue entre l’institution et ses agents de terrain, ceux-là même qui feront la qualité du recensement.
Des interrogations qui s’accumulent :
- Pourquoi cette baisse soudaine ? L’INSEED a-t-elle subi un ajustement budgétaire en cours de route ? Le ministère des Finances a-t-il revu l’enveloppe à la baisse ?
- Ou s’agit-il d’une mauvaise anticipation des coûts réels ? Quel impact sur la qualité des données ?
- Un agent frustré, formé à la hâte ou remplacé en urgence, peut-il garantir la rigueur exigée par un recensement ?
- Quelle confiance pour la suite ? Si la prime de formation est révisée sans concertation, qu’en sera-t-il des primes de collecte, souvent plus importantes ? Les agents auront-ils encore confiance dans les engagements de l’INSEED ?
Au-delà du chiffre de 40 000 F ou 70 000 F, le débat dépasse le montant. Il touche à la reconnaissance du travail de terrain et à la crédibilité d’une opération nationale. Un recensement raté coûte bien plus cher qu’une prime ajustée.
L’INSEED se trouve donc face à un dilemme : tenir la rigueur budgétaire ou préserver la mobilisation humaine. Faute de solution rapide, c’est tout le processus statistique du pays qui pourrait en pâtir.
La balle est désormais dans le camp des décideurs. Expliquer, négocier, arbitrer. Car sans agents formés et motivés, pas de données fiables. Et sans données fiables, difficile de planifier le développement.
Qu’en pensez-vous : faut-il privilégier la discipline budgétaire quitte à risquer la qualité, ou ajuster la prime pour sauver l’opération ?
Gaktoua Assane Jérémie/Tchad-View Média

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